Par 2016/09/09

Le recyclage des déchets électroniques : une pratique de développement durable exemplaire?

Texte original rédigé par Jonathan Choquette-Riopel dans le cadre d’un cours de développement durable à la Maîtrise en Administration des Affaires de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Publié avec sa permission le 09/08/2016. Publication originale: 28 Juillet 2016.

Introduction 

Les dispositifs électroniques sont de plus en plus présents dans nos sociétés et leur durée de vie est de plus en plus courte. Premièrement, parce que la technologie évolue de plus en plus rapidement. On peut se référer, par exemple, à la conjecture de Moore (1975, p. 1) qui affirmait que le nombre de transistors sur les microprocesseurs doublerait tous les deux ans. Cette prédiction se vérifie depuis maintenant 40 ans pour les transistors, mais aussi pour la mémoire et pour le nombre de dispositifs électroniques présent dans la société (Takahashi, 2005, p. 1). Une seconde raison qui pourrait expliquer la forte présence et la faible durée de vie des dispositifs électroniques est l’avantage pour des entreprises de programmer l’obsolescence afin de maximiser le nombre de produits vendus. Dans tous les cas, la forte présence et la durée de vie raccourcie de ces dispositifs engendrent globalement de plus en plus de déchets électroniques au point où la gestion de ces déchets pose des problèmes auxquels la société n’a jamais été confrontée.

Pour régler certains de ces problèmes, les institutions incitent de plus en plus la population à acheminer leurs appareils désuets vers des centres ou des systèmes de traitement spécialisés. Après cette action qui semble recommandable, on peut se demander, à juste titre, quel est le parcours ultérieur et la destination finale de ces déchets. Sont-ils conformes à l’intention initiale de recycler pour protéger l’environnement ? Dans un contexte plus général, est-ce que le recyclage des déchets électroniques, tel qu’on le pratique actuellement dans les sociétés développées, est une pratique de développement durable exemplaire ?

Pour répondre à ces questions, il faut commencer par définir plus précisément la notion de déchets électroniques en insistant sur ce qui les différencie des autres types de déchets. Ensuite, la notion de recyclage au sens large sera introduite puis appliquée aux déchets électroniques en se demandant si cela est compatible avec la notion de développement durable telle qu’on la définit habituellement. Les rôles et les responsabilités des entreprises seront ensuite abordés quant à la mise en œuvre de ces stratégies qui ont des conséquences économiques, sociales et environnementales.

Définition d’un déchet électronique

On peut définir dans un premier temps le concept d’équipement électronique. Le Gouvernement du Canada (2016, p. 1) propose qu’il s’agit de « tout équipement qui requiert une prise/pile ou qui utilise de l’électricité pour fonctionner ». On peut en conclure que la définition d’un appareil électronique est très large et qu’elle englobe un grand nombre d’éléments que les sociétés développées utilisent sur une base quotidienne. On peut penser, par exemple, à des ordinateurs, des périphériques, des téléphones, des fours à micro-ondes, des réfrigérateurs, etc.

Pour s’intéresser aux déchets électroniques, il convient d’abord de définir ce qu’est un déchet. Selon le dictionnaire Larousse (2016, p. 1), un déchet est défini comme étant une « partie irrécupérable de quelque chose ». Ceci implique que, dans son sens le plus large, le déchet ne peut plus être utilisé, qu’il n’a aucune autre utilité possible. Les déchets électroniques ont plusieurs caractéristiques qui les distinguent des autres types de déchet.

La première caractéristique importante est que ceux-ci sont composés de plusieurs matériaux différents. En effet, selon Robinson (2009, p. 2), les déchets électroniques sont distincts au niveau physique et chimique des autres formes de déchets industriels puisqu’ils contiennent à la fois des matériaux pouvant être réutilisés suite au processus de recyclage et des matériaux classifiés dangereux. Ces deux types de matériaux requièrent des méthodes de recyclages spécifiques pour éviter des impacts négatifs. Dans leur ouvrage, Harisson et Hester (2009, p. 13) présentent un tableau des différents matériaux qui composent les déchets électroniques recueillis en Irlande durant l’année 2000. Ils identifient plus de 14 types de matériaux, dont le fer, le cuivre, le plastique, le verre, la céramique, les circuits imprimés, et ils soulignent l’importante diversité de matériaux qui composent les déchets électroniques.

La deuxième caractéristique importante des déchets électroniques est que certain de ces matériaux sont polluants et classifiés comme dangereux pour la santé humaine. Dans leur ouvrage, Needhidasan et al.  (2013, p. 7) identifient les différents types de métaux dangereux que l’on retrouve dans les déchets électroniques et leur effets négatifs sur la santé humaine. On retrouve par exemple du plomb dans les piles et les tubes cathodiques. L’exposition au plomb peut engendrer des dommages au système nerveux et aux systèmes reproductifs. On retrouve du mercure dans les batteries et les interrupteurs qui engendre des conséquences aussi alarmantes sur la santé humaine. L’exposition directe à ces métaux n’est pas le seul danger qu’engendre les déchets électroniques, ceux-ci peuvent aussi émettent des substances toxiques qui diminuent grandement la qualité de l’air et engendrent des problèmes de santé.  L’étude de Fangxing et al. (2011, p. 3) a démontré, suite à l’analyse d’échantillon d’air provenant de zones de recyclages de déchets électroniques, que ceux-ci contaminent l’air ambiant avec des substances comme l’arsenic, le plomb et d’autres particules nocives.

Une troisième caractéristique importante est leur nombre grandissant. Le rapport de l’Université des Nations Unies rédigé par Baldé et al. (2015, p. 24) identifie une augmentation importante du nombre de déchets électroniques produits d’année en année. Le rapport estime que 33,8 Millions de tonnes de déchets électroniques ont été générés en 2010. Ce nombre passe augmente à 41,8 Millions en 2014 et les prévisions identifient un total de 49,8 Millions de tonnes générées en 2018. Cette augmentation importante au fil des années est liée à la consommation grandissante de produits électroniques (on peut penser, par exemple, aux téléphones intelligents), à la diminution de la durée de vie des produits qui est directement reliée à l’obsolescence programmée. On peut définir l’obsolescence programmée, selon Lemire (2016, p. 47), comme « une tendance à réduire la durée de vie ou d’utilisation d’un produit afin d’en augmenter le taux de remplacement ». Ainsi, les produits qu’un particulier ou qu’une entreprise se procure durent de moins en moins longtemps, ce qui augmente la quantité de déchets électroniques générés.

Toutes ces caractéristiques uniques et importantes des déchets électroniques justifient qu’on s’intéresse plus particulièrement aux problèmes de gestions qu’ils engendrent.

Gestion et recyclage des déchets électroniques

La prochaine étape est d’examiner quelles sont les possibilités qui existent actuellement au niveau de la gestion de ces déchets. Certaines de ces possibilités ont des impacts différents sur l’environnement et la société.

La première possibilité de gestion des déchets est tout simplement de ne pas les gérer, de les laisser s’empiler là où ils ont été abandonnés en les ignorant complètement. C’est un phénomène présent dans les régions géographique où il n’y a pas d’infrastructure publique pour le ramassage des déchets ou que cette infrastructure n’est pas efficace. On peut penser ici aux bidonvilles ou aux zones sinistrées. Les effets sur l’environnement sont alors catastrophiques. La deuxième possibilité de gestion des déchets électroniques est de les envoyer dans un dépotoir sans les distinguer des autres types de déchets. Cette méthode a l’avantage de limiter les effets négatifs au dépotoir lui-même et aux zones adjacentes. La troisième possibilité est de les séparer à leur arrivée au dépotoir en vue d’une réutilisation des métaux concentrés ou pour réduire le volume de ces déchets qui arrivent au dépotoir (Stewart et Lemieux, 2003, p.1). Cette façon de faire est la première de notre liste qui témoigne d’une intention de recyclage.  La quatrième possibilité est de les séparer avant leur départ vers le dépotoir, par exemple avec des bacs de recyclage ou lorsqu’un particulier amène son ordinateur personnel à un organisme spécialisé (Green Computer) qui le répare pour qu’il soit réutilisé. La cinquième possibilité de gestion des déchets électroniques est la reprise, par l’entreprise productrice, des équipements électroniques rendus en fin de vie. Un bon exemple est le programme de reprise des équipements de la compagnie HP qui offre « le ramassage, le transport, l’évaluation pour déterminer si le produit peut être réutilisé ou donné et le recyclage des produits [1]». (The Globe and Mail, 2002, Traduction libre). Cette façon de faire présente l’avantage de déplacer une partie de la responsabilité du recyclage du particulier vers les entreprises. La sixième possibilité de gestion des déchets électroniques est de les exporter vers un autre pays ou un autre espace géographique. En déplaçant ces déchets à l’échelle planétaire, cette façon de faire présente plusieurs problèmes. Dans leur ouvrage, Kahhat et al. (2008, p. 5) affirment que « des déchets électroniques provenant de pays développés, incluant les États-Unis, sont exportés de façon régulière vers des pays en développement[2] » (Traduction libre). Les entreprises qui exportent ces produits sont diverses et peuvent même potentiellement réaliser un profit sur ces activités d’exportation (McCann et Wittmann, 2015, p. 66). Un rapport produit par Puckett et al. (2016, p. 14) affirme que des acteurs importants comme Dell et Goodwill industries, qui sont considérées comme ayant des comportements responsables au niveau environnemental, participent tout de même au processus d’exportation de déchets électroniques vers des pays en développement. Enfin, une septième possibilité de gestion des déchets électroniques, qui est encore en développement, serait d’intégrer ces déchets dans des processus d’économie circulaire pour que le produit lui-même ou que certaines de leurs composantes puissent être réutilisées directement par une autre entreprise sans passer par un système de traitement des déchets. Cette dernière possibilité permettrait d’augmenter la durée de vie des composantes.

Le classement précédent en sept catégories n’est évidemment pas le seul possible. Par exemple, Kang et Shoenung (2005, p. 7) résument les options de ramassage des déchets en 5 catégories : le ramassage des déchets par la ville de la façon traditionnelle (sur le bord de la rue), un évènement spécial visant le ramassage des électroniques, un programme permanent visant le ramassage des déchets, le retour chez le fabricant et le retour chez le magasin vendeur. Ces catégories démontrent, au même titre que les possibilités présentées ci-haut, qu’il y a plusieurs alternatives et choix à faire pour les méthodes de gestion des équipements informatiques en fin de vie et que plusieurs impliquent une forme ou une autre de recyclage.

Le Grand Robert (2016) définit le recyclage comme un « nouveau traitement, nouveau passage dans un cycle d’opérations ». Cette définition est intéressante puisqu’elle implique que les déchets électroniques ou que certains de leurs composantes peuvent être réutilisées et avoir une utilité dans un autre cycle d’opérations.  Au niveau du recyclage des déchets électroniques, celui-ci doit se faire en identifiant et en séparant les divers composants des équipements électroniques en fin de vie. En effet, « Les produits électronique intègrent plusieurs technologies modernes et sont composés de plusieurs matériaux différents. Ceci veut dire que pour recycler les équipements en fin de vie, plusieurs technologies devraient être utilisées[3]». (Kang et Schoenung, 2005, p. 2, Traduction libre).  Cette séparation se fait procédant à désassemblage ou à une destruction des équipements dans le but de libérer les matériaux qu’ils contiennent (Cui et Zhang, 2008, p. 1). Dans le cas du désassemblage, les parties encore fonctionnelles de l’équipement peuvent être réutilisés dans d’autres équipements. Un bon exemple de cette application est la réutilisation de disques durs encore fonctionnels dans un ordinateur suite à un bris d’autres pièces nécessaires pour son fonctionnement, comme le processeur ou la carte mère par exemple. Dans le cas de la destruction des équipements, les métaux recouverts sont séparés et peuvent être recyclés selon la définition même du concept, soit être utilisé dans un autre cycle d’opération.

Toutes ces méthodes de recyclage des déchets électroniques ont des caractéristiques propres ont peut se demander lesquelles sont les plus exemplaires dans la perspective du développement durable. C’est ce qui sera abordé dans la prochaine section.

[1] HP’s take-back service includes pickup, transportation, evaluation for reuse or donation and environmentally sound recycling for products

[2]  E-waste is routinely exported by developed nations, including the U.S., to developing countries

[3] Electronic products are an integration of numerous modern technologies and are composed of many different materials and components. This means that to recycle EOL electronics effectively, many parties and technologies should be involved.

Définition du développement durable

Pour déterminer si le recyclage des déchets électroniques est une pratique de développement durable exemplaire, il faut commencer par définir le concept. Celui-ci peut être définit comme étant un « développement qui permet aux générations présentes de satisfaire leurs besoins, sans empêcher les générations futures de faire de même » (Brundtland et al., 1987, cité par AKA, 2016, p. 12). On peut distinguer trois grandes dimensions à long terme dans le concept de développement durable, soit les dimensions économiques, sociales et environnementales.

Dans une perspective théorique, le recyclage des déchets électronique correspond à la définition de développement durable puisqu’elle répond à ces trois dimensions. En effet, ce recyclage a pour objectif de contrôler les niveaux de pollutions pour les générations futures. Au niveau environnemental, l’activité de recyclage permet de contrôler l’impact négatif des équipements électroniques en fin de vie en diminuant leur nombre dans les dépotoirs et permet d’augmenter le nombre de déchets réutilisés, ce qui diminue le niveau de pollution. Au niveau économique, les organismes qui s’occupent de recycler ces déchets ont évidemment des incitatifs monétaires. Au niveau social, ces organismes, qui sont souvent à but non lucratifs, réutilisent ces sommes pour offrir une infrastructure permettant, d’une part, de recycler des produits en créant des emplois locaux et, d’autre part,  de diminuer le risque de développer problèmes de santé lié à l’exposition de certaines composantes électroniques.

La définition précédente d’une pratique de développement durable implique donc que les générations futures pourront satisfaire leurs besoins environnementaux, sociaux et économiques. Le fait de pouvoir satisfaire leurs besoins ne garantit pas que cela soit aussi facile à accomplir avec le temps. Une pratique de développement durable pourrait, par exemple, rendre la satisfaction des besoins toujours possible mais de plus en plus difficile. Cette pratique ne serait évidemment pas idéale.

Selon cette logique, une pratique de développement durable exemplaire en serait une qui permettrait de satisfaire les besoins futurs pour chacune des trois dimensions mais qui, pour chacune d’elles, produirait un bilan qui n’est pas négatif (et donc nul ou même positif). Les impacts environnementaux, sociaux et économiques négatifs engendrés seraient donc, dans le cas exemplaire, toujours  compensés à l’aide de pratiques proactives au moins aussi importantes associées à chacune des dimensions.

La définition précédente de l’exemplarité permettra donc de déterminer si les pratiques actuelles dans les sociétés développées sont exemplaires. Pour mieux comprendre quelles sont ces pratiques actuelles, il convient de présenter brièvement le cadre dans lequel elles se réalisent.

Encadrement du traitement des déchets électroniques

De qui relève la responsabilité de la gestion des équipements électroniques en fin de vie, et donc de la gestion des déchets électroniques? Cette responsabilité n’est pas facile à établir, étant donné que les programmes concernant la gestion des déchets sont, au même titre que les autres lois, souvent mis en place dans une région géographique restreinte, par exemple, un pays, une province, une municipalité.

Au niveau international, les obligations liées au traitement des déchets électroniques varient évidemment beaucoup. On n’a qu’à penser aux différences qui peuvent exister entre les pays dit développés et ceux en développement. Au niveau national, les obligations légales de chacune des provinces ou états sont aussi différentes. Par exemple, en Alberta, c’est l’Environnemental Protection & Enhancement Act qui couvre les sujets relatifs aux déchets électroniques alors que pour l’Ontario, c’est plutôt le Waste Diversion Act qui détaille les obligations des particuliers et des entreprises. Ces deux documents gouvernementaux ne définissent pas forcément les mêmes catégories de déchets électroniques ou les mêmes règles. Cette situation n’est évidemment pas unique au Canada. Aux États-Unis, par exemple, certains états vont même jusqu’à ne pas avoir encore de lois portant spécifiquement sur le traitement des déchets électroniques. Selon l’Electronics Takeback Coalition (2016), seulement 25 états sur 50 aux États-Unis ont des lois qui régissent le recyclage des équipements électroniques en fin de vie. On comprend donc que le contexte légal et la responsabilisation entourant les déchets électroniques ne soit pas uniforme. De plus, comme la collecte et le traitement des déchets est un service qui relève des municipalités, la variabilité des pratiques actuelles de recyclage des déchets électroniques est d’autant plus importante.

En plus de la variabilité des règles entourant le recyclage des déchets électroniques, il existe aussi une variabilité dans les moyens déployés pour faire appliquer ces règles. Selon la théorie néo-institutionnelle, la survie des organisations dépend de trois types d’institutions qui les encadrent. Les premières sont les institutions régulatrices qui détiennent un pouvoir coercitif. Les gouvernements en sont un bon exemple : ils sont responsables de l’application des sanctions liés aux lois environnementales concernant le recyclage. Les secondes institutions qui légitimisent les organisations sont normatives. Elles proposent des valeurs ou des normes mais ne possèdent pas de pouvoir coercitif pour les mettre en œuvre. L’Organisme International pour la Standardisation, ou ISO, en est un bon exemple avec sa norme 14001 qui traite du contrôle des impacts environnementaux.  Les troisièmes institutions qui apportent de la légitimité aux organisations sont les institutions cognitives qui influencent les pratiques de recyclage en modifiant les schémas cognitifs par effet d’entrainement, sans coercition et sans fixer les normes. Les associations environnementales en constituent un bon exemple. On peut mentionner l’association Green Peace (2008) qui se prononce publiquement contre les pratiques de gestion des déchets électroniques au Ghana.

Les obligations et les institutions qui encadrent d’une façon ou d’une autre les pratiques de recyclage des déchets électroniques sont donc très variables d’une région géographique à l’autre et d’un type d’institution à l’autre. L’analyse des impacts de ces pratiques pour déterminer si elles sont exemplaires doit se faire à plusieurs niveaux.


Impacts environnementaux du recyclage des déchets électroniques

De façon générale, le recyclage des déchets informatique dans les pays industrialisés permet de contrôler l’impact environnemental de ces déchets en les envoyant dans des centres de traitements spécialisés. La prise en charge des déchets est une initiative positive pour l’environnement, mais elle n’est pas parfaite. En effet, bien que l’environnement des villes où les activités de recyclage ont lieu s’améliore, l’environnement des villes où des infrastructures pour le recyclage des déchets électroniques sont situés se dégrade. Un exemple de cette situation est le site de traitement des déchets de la ville de Guiyu, en Chine. Depuis sa mise en fonction en 1995, on dénote une augmentation de taux de contaminants dans les milieux terrestres, aquatiques et dans l’air de la ville (Robinson, 2009, P. 187). Parmi ces contaminants, on retrouve le mercure, le cadmium et le plomb qui sont hautement toxiques pour les humains et les animaux (Neathery and Miller, 1975, p. 1). Ces contaminants contribuent à la dégradation des milieux écologiques locaux.

Cette contamination de l’environnement met en danger les animaux et toute la chaîne alimentaire. Certains contaminants persistent longtemps dans les milieux écologiques, ce qui fait que plusieurs espèces d’animaux différentes sont exposés à ces contaminants. D’une part, les animaux qui sont exposés à ces contaminants dans la nature développent des problèmes de santé au même titre que les humains, comme par exemple des problèmes reproductifs. D’autre part, la diffusion de ces contaminants entraîne une contamination de la chaîne alimentaire. En effet, l’exposition de petits organismes à ces contaminants, et l’ingestion de ces organismes par des plus grands animaux contamine la santé de la chaîne alimentaire au complet (Zeller, 2013), se rendant jusqu’à l’humain.

Pour tenter de diminuer les impacts environnementaux négatifs, on sait qu’un certain nombre de déchets sont exportés des pays développés vers les pays moins développés. En  envoyant les déchets électroniques ailleurs, on déplace le problème. C’est que c’est le pays qui reçoit les déchets qui se retrouve avec la problématique de gérer ses déchets. L’importation massive de déchets électroniques dans certains pays moins développés et les difficultés liées à leur gestion peuvent créer problèmes écologiques importants car les composantes dangereuses et contaminants qui peuvent s’échapper dans l’environnement ne sont pas gérées efficacement (McCann et Wittmann, 2015, p. 11).

Est-ce ces pratiques actuelles de recyclage dans certains cas, et d’exportation dans d’autres cas sont exemplaires? Pour être exemplaire selon la définition proposée précédemment, il faudrait que les impacts négatifs soient complètement compensés par des actions positives. Pour la dimension environnementale, les impacts négatifs causés par les déchets électroniques, sont principalement associés à la contamination des milieux naturels. Pour annuler leurs effets, trois avenues peuvent être considérées. La première est le recyclage qui permet aux contaminants de ne pas rejoindre les milieux. Dans ce cas, pour que l’impact soit nul, il faudrait que la totalité de ces déchets soient recyclés dans une économie complètement circulaire. On aurait alors une pratique exemplaire. Ce n’est évidemment pas ce qui est fait actuellement et on peut même se demander si c’est théoriquement réalisable. Les pratiques actuelles produisent donc une certaine quantité de déchets qui ne sont pas recyclés. Une deuxième avenue à considérer, pour une région géographique donnée, est de déplacer ces déchets non recyclés vers une autre région, voire un autre pays. Dans ce cas, le bilan des impacts dans une région donnée peut être nul, ce qui en ferait une pratique localement exemplaire. Cependant, on comprend aisément que les impacts négatifs sont en fait déplacés ailleurs et que, globalement, le bilan demeure toujours négatif. La troisième avenue à considérer serait alors de décontaminer les milieux naturels. Bien entendu, cela entraînerait des coûts très importants mais le bilan environnemental pourrait alors s’annuler et la pratique mise en œuvre serait alors exemplaire.


Impacts sociaux du recyclage des déchets électroniques

De façon générale, les impacts sociaux provenant du recyclage des déchets électroniques sont causés l’activité de traitement de ces déchets. En effet, les entreprises qui traitent ces déchets créent des emplois dans leur communauté, ce qui constitue un point positif important. Ces organismes mettent aussi en place des infrastructures permettant de concentrer les déchets électroniques dans des zones éloignées des zones d’habitation pour limiter les effets négatifs sur les personnes, et donc les impacts sociaux. Ces organismes font aussi des efforts de conscientisation au niveau de la population, ce qui engendre une diminution de nombre de déchets électroniques jetés dans la nature ou directement dans les ordures normales. L’activité de traitement des déchets électroniques produit aussi des impacts sociaux négatifs lors que la santé des travailleurs impliqués est affectée. Pour que cette pratique soit exemplaire, il faut investir pour limiter autant que possible les effets sur la santé des travailleurs pour que le bilan des impacts sociaux soit positif.

Cependant, comme cela a été mentionné dans la section sur les impacts environnementaux, une partie du recyclage des déchets électroniques est exportée vers d’autres pays généralement moins développés. Pour le pays exportateur, les impacts sociaux sont à toute fin pratique nuls.  Cependant, pour le pays importateur, la situation est différente.

Dans les pays moins développés, les travailleurs et la population ne sont pas toujours suffisamment protégés et l’exposition aux contaminants comme le mercure, le plomb et le cadmium engendre des problèmes de santé importants à la fois sur les travailleurs des usines de traitement et sur la population locale. En effet, les « travailleurs d’usine souffrent d’impacts négatifs sur leur santé à travers le contact corporel et la respiration, alors que les communautés locales sont exposés aux contaminants à travers la fumée, la poussière, l’eau consommée et la nourriture[1] » (Robinson, Traduction libre 2009, P. 1). La gestion reliée aux opérations de traitement des déchets dans ces pays n’est pas encadrée et favorise le profit, en négligeant la santé humaine et l’environnement. (McCann et Wittmann, 2015, p. 27). Ce sont des secteurs définis comme informel, dans le sens où cette partie de l’économie n’est pas taxée ni surveillée par aucun organisme légal. (McCann et Wittmann, 2015, p. 23). C’est le fait que ceux-ci ne soient pas surveillés qui permet à la santé humaine et à l’environnement de ne pas être un enjeu important dans le secteur du recyclage des déchets électroniques.

Un aspect positif ressort pourtant de cette activité. Comme pour le recyclage dans les pays développés, le secteur du ramassage de déchets électroniques dans les pays moins développés amène un revenu à des gens qui seraient encore plus pauvre s’ils n’avaient pas accès à ce travail (McCann et Wittmann, 2015, p. 26).

Est-ce que ces pratiques de recyclage dans les pays moins développés sont exemplaires socialement? Pour être exemplaire selon la définition proposée précédemment, il faudrait que les impacts négatifs soient complètement compensés par des impacts positifs. Dans les pays moins développés, il n’est pas clair que le bilan est positif car les effets négatifs sur la santé des travailleurs sont plus importants que dans les pays développés. On peut conclure, cependant, que ces pratiques actuelles pourraient être exemplaires si des efforts suffisants sont faits pour protéger la santé des travailleurs et de la population. Évidemment, la limite précise est difficile à établir et les mesures de protection engendrent des coûts économiques.

[1] . E-waste workers suffer negative health effects through skin contact and inhalation, while the wider community are exposed to the contaminants through smoke, dust, drinking water and food

Impacts économiques du recyclage des déchets électroniques

Les entreprises engagées dans le processus global de recyclage des déchets sont généralement en mesures de générer des revenus de leurs activités. On peut penser aux entreprises de transport qui transportent ces déchets par camion lourds ou par bateau et aux usines de traitement qui traitent les déchets pour en obtenir les matières réutilisables et certains types de métaux. On retrouve une concentration importante de métaux précieux dans les déchets électronique. Un ordinateur jeté contient une concentration plus forte en or qu’une tonne de minerai d’or. (United States Geological Survey, 2001, p. 1). Les entreprises qui récoltent ces métaux réalisent certains des profits les plus intéressants du secteur du recyclage (Kang et Shoenung, 2005, p. 31). On comprend donc d’où provient l’intérêt économique d’exploiter une entreprise dont l’activité principale est le traitement de ces déchets.

Au niveau de l’activité de recyclage elle-même, elle est profitable pour l’économie des pays. Par exemple, en 2014, l’industrie du recyclage aux États-Unis a généré plus de 200 milliards de dollars et a engendré une économie de coût très importante pour les municipalités au niveau de la disposition des déchets (Gonen, 2015). L’activité d’exportation des déchets électroniques en particulier peut aussi dégager des profits intéressants pour les entreprises. À Hong Kong, un conteneur de déchets électroniques qui est vendu à 5000$ peut dégager un profit de 4000$ (Elgin, 2008), soit 80% de marge réalisée sur chaque conteneur vendu. Pourtant, l’activité de traitement des déchets peut s’avérer déficitaire pour certaines entreprises des pays développés étant donné le coût élevé qu’il faut engager pour traiter les matériaux dangereux et le niveau technique requis pour séparer certaines composantes afin qu’ils soient réutilisés. Cette difficulté à dégager un profit peut encourager certaines entreprises à exporter leurs déchets illégalement vers des pays où il est possible de les recycler à moindre coût. (McCann et Wittmann, 2015, p. 11) Ce coût plus faible de recyclage peut être expliqué par le coût de la main d’œuvre souvent plus faible et parfois même nul dans certains pays moins développés.

Les entreprises sont prises avec le dilemme de payer de plus gros montant pour traiter les déchets électroniques localement ou de payer un montant moindre pour qu’ils soient traités ailleurs. Dans le deuxième cas, on peut se demander si l’entreprise qui exporte légalement ou illégalement ses déchets recycle vraiment ses déchets, ou si elle n’agit seulement en tant qu’exportatrice de déchets. Dès lors, il ne s’agit plus d’une pratique de développement durable tel qu’on la définit, parce la simple exportation de déchets n’a rien de durable. De plus cette activité d’exportation a des impacts négatifs importants sur les dimensions environnementales et sociales, comme nous l’avons souligné plus haut. C’est le manque de législation encadrant le fait d’assumer les coûts reliés aux déchets produits par les entreprises sur le territoire, l’exportation et la gestion des déchets dangereux, autant au niveau du pays exportateur que du pays importateur, qui permettent à ce dilemme d’exister.

L’importation de ces déchets n’a pas seulement des côtés négatifs pour le pays importateur. En effet, l’arrivée de déchets électronique dans les pays leur permettent d’obtenir des équipements ou de la matière première à coût moindre ce qui permet aux entreprises locales de réduire leurs coûts de production et aux citoyens d’avoir accès à de l’équipement à plus bas prix (McCann et Wittmann, 2015, p. 65). De plus, le secteur informel du recyclage de déchets peut avoir des retombées économiques matérielles pour les pays importateurs. On peut penser au Ghana, pour lequel ce secteur génère entre 106 et 268 Millions de dollars américain par année. (McCann et Wittmann, 2015, p. 26).

Est-ce que ces pratiques de recyclage sont exemplaires économiquement? Pour être exemplaire selon la définition proposée précédemment, il faut que les impacts négatifs soient complètement compensés par des impacts positifs. Pour la dimension économique, les exemples présentés montrent que c’est presque toujours le cas. La seule exception serait un pays qui serait obligé de recevoir et de traiter ces déchets électroniques sans recevoir une compensation financière suffisante.


Conclusion

Ce travail s’est intéressé au problème de la gestion déchets électroniques causé par leur présence de plus en plus grande et leur obsolescence de plus en plus rapide. Dans ce contexte, il a tenté de répondre à la question : est-ce que le recyclage des déchets électroniques, tel qu’on le pratique actuellement dans les sociétés développées, est une pratique de développement durable exemplaire ?

Une analyse séparée pour les dimensions environnementale, sociale et économique a mené aux conclusions suivantes. Le bilan des impacts est toujours négatif pour la dimension environnementale à moins d’investir des sommes importantes pour décontaminer complètement les milieux naturels. Pour la dimension sociale, le bilan des impacts pourrait être positif si on investit suffisamment pour protéger les travailleurs et la population. Enfin, pour la dimension économique, le bilan des impacts est toujours positif.

Ainsi, si un développement durable implique que les générations futures pourront satisfaire leurs besoins environnementaux, sociaux et économiques et qu’une pratique exemplaire suppose un bilan non négatif pour chaque dimension séparément, les pratiques actuelles de recyclage des déchets électroniques ne sont pas exemplaires. On peut même proposer qu’il est impossible de le réaliser de façon exemplaire car les coûts nécessaire pour rendre les impacts environnementaux nuls serait si grands que les impacts économiques deviendraient négatifs. Le bilan global pour les trois dimensions serait donc toujours négatif pour les déchets électroniques. Ce n’est pas forcément le cas pour tous les types de déchets. Par exemple, pour les déchets organiques, une économie circulaire peut être réalisée de façon exemplaire pour chacune des trois dimensions dans plusieurs fermes qui réutilisent ou recyclent complètement leurs déchets. Le cas des déchets électroniques est donc particulier.

En concluant, on peut se demander quelles pratiques il faudrait privilégier concernant la gestion et le recyclage des déchets électroniques. Nous croyons qu’il faudrait imposer un cadre légal d’envergure international ayant comme objectif d’éviter les transbordements de déchets d’un pays à l’autre. Logiquement, ce cadre légal devrait être supporté par une institution régulatrice avec un pouvoir de coercition très important ainsi que par une surveillance régulière des pratiques utilisées pour gérer les déchets électroniques.

Références

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