Par 2014/11/29

Les syndics de faillite et la comptabilité

comptabilité syndicChaque année des milliers d’étudiants choisissent d’étudier la comptabilité avec comme rêve de travailler dans des multinationales ou des grands cabinets comptables. Peu d’entre eux sont attirés vers la profession de syndic de faillite, un métier mal connu mais de plus en plus en demande sur le marché québécois.

Les Québécois de plus en plus endettés

Nous le savons tous, l’endettement des ménages québécois est en hausse et ce n’est pas pour bientôt que cette tendance se renversera. Depuis 1999, l’endettement des Québécois a grimpé de 110% à 150% de leurs revenus disponibles.

Toutefois, l’augmentation de l’endettement à elle seule n’est pas cause de s’alarmer. Si une personne contracte des dettes pour augmenter ses actifs (comme par l’achat d’une maison), sa situation financière n’est pas nécessairement en mauvaise posture. Par contre, si les dettes sont reliées à la consommation ou à des biens qui perdent de leur valeur (par exemple : automobiles, bateaux, etc.), l’endettement devient néfaste. C’est notamment le cas des dettes de cartes de crédit.

Hausse des insolvabilités

Être insolvable signifie ne plus être capable de rencontrer ses obligations de paiements sur ses dettes. Quand cette situation se présente à un consommateur ou à une entreprise, celui-ci peut consulter un syndic qui le conseillera sur les meilleures procédures à entreprendre.

C’est dans cette optique qu’en 2013, au Canada, 118 678 consommateurs et 4 281 entreprises ont ouverts des dossiers d’insolvabilités (faillites personnelles et propositions de consommateurs) chez des syndics. Une augmentation de plus de 20% sur 10 ans.

Quelle est la source de cette augmentation des insolvabilités au Canada? De un, l’accès au crédit s’est facilité constamment, notamment avec l’inondation du marché par les cartes de crédit. De deux, au cours des dernières années, le Canada et le Québec ont connu une forte augmentation du nombre de propositions de consommateur. En chiffres, le Québec a connu une augmentation de 27,8% des propositions de consommateur en 2013 en comparaison avec l’année précédente. On observe que de plus en plus de Québécois optent pour cette alternative à la faillite personnelle afin de résoudre leurs problèmes d’endettement.

Le rôle du syndic de faillite

À tort, on croit souvent que le rôle du syndic de faillite se limite à liquider les actifs des faillis. Dans les faits, la liquidation des biens n’est qu’une mince partie du travail du syndic. Même que dans plusieurs dossiers d’insolvabilités la liquidation des actifs n’est pas nécessaire. C’est notamment vrai lorsque le failli ne possède que des biens de base et qu’il n’a pas d’équité dans une propriété.

Le principal rôle du syndic est d’évaluer la situation d’une personne insolvable et puis de la conseiller vis à vis les meilleures solutions pour réduire ou éliminer ses dettes. Chaque cas est unique et c’est pourquoi le syndic doit user de ses connaissances en comptabilité, en droit et de son expérience en insolvabilité pour proposer une solution adéquate.

La solution ainsi choisie par la personne insolvable doit être équitable envers tous ses créanciers. C’est la responsabilité du syndic de faillite de veiller à ce que tous les créanciers reçoivent leur juste part des sommes réalisées dans le dossier. Il s’agit de s’assurer qu’aucune transaction révisable n’a eu lieu; c’est-à-dire une transaction qui avantagerait un créanciers par rapport aux autres, ou bien une faveur faite à un proche du failli. Un exemple de transaction révisable pourrait être la vente de sa maison à bas prix à un proche. Ou encore, il pourrait s’agir d’un paiement important à un créancier membre de sa famille avant l’insolvabilité. Les créanciers se fient ainsi au syndic pour administrer le dossier avec professionnalisme, honnêteté et objectivité.

Plus que de la comptabilité

Bien que le syndic de faillite se doive de posséder de fortes connaissances en comptabilité, son travail est plus large que de simplement additionner des colonnes de chiffres. Pour exceller dans cette profession, il doit user de plusieurs talents qui incluent la connaissance des finances personnelles, des techniques budgétaires, du crédit, du droit civil, de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité et même de la psychologie et de l’empathie.

La réalité est que le syndic rencontre chaque jour des personnes en détresse. Ces personnes vivent des problèmes financiers, mais parfois aussi des problèmes personnels : séparation, problèmes de consommation ou de jeux, maladie, perte d’emploi, etc. Ce n’est pas rare pour un syndic de rencontrer une personne qui se confie sur ses problèmes financiers pour la première fois et qui passe au travers d’une foule d’émotions. Dans ces cas, le syndic doit redoubler d’empathie et de professionnalisme.

Ainsi, les gens s’aventurant dans le domaine de la comptabilité, mais désirant travailler directement auprès des gens, dans une relation d’aide, tout en utilisant leurs connaissances professionnelles seront intéressés par la profession de syndic de faillite. Cette profession est particulièrement nourrissante car le syndic peut observer concrètement les changements positifs que sont travail procure dans la vie d’une personne endettée.

Les études du syndic

Ne cherchez pas, il n’y a pas de programmes universitaires qui offrent la formation nécessaire pour devenir syndic de faillite. Afin d’exercer cette profession, une personne doit détenir une licence du Bureau du surintendant des faillites (une entité sous le gouvernement fédéral qui est en charge d’administrer la Loi sur la faillite et l’insolvabilité).

Pour obtenir une licence de syndic de faillite, le candidat doit compléter le Processus officiel de qualification pour devenir un PAIR (Professionnel agréé de l’insolvabilité et de la réorganisation) offert par l’ACPIR (l’Association canadienne des professionnels de l’insolvabilité et de la réorganisation). La réussite de ce cours est vérifiée par un examen oral national devant un comité de syndics de faillite d’expérience.

Avant d’obtenir le plein droit de pratiquer, le candidat doit aussi avoir complété le Cours de qualification pour les conseillers en insolvabilité en plus d’avoir accumuler un minimum de 2 400 heures d’expérience pratique durant sa formation. Ces heures sont généralement cumulées en travaillant comme conseiller en insolvabilité ou syndic-stagiaire dans une firme de syndics de faillite.

Les études de syndics peuvent sembler longues et ardues, mais amènent à une carrière stimulante dans un domaine en plein essor. Que vous soyez un étudiant en comptabilité ou un comptable d’expérience, le domaine de l’insolvabilité accueille chaque année des centaines de professionnels désirant un nouveau cheminement professionnel.